Deux en Un

Publié le par matil2

 
 El Watan Edition du 14 février 2008 
Rencontre. Rachid Boudjedra et Rachid Koraïchi

Tous deux s’appellent Rachid. Tous deux sont nés à Aïn Beïda. Mais ce n’est ni cette homonymie ni ce hasard géographique qui les ont réunis, bien qu’ils les aient sans doute aidés à mieux se connaître.

 

Ils se sont retrouvés autour du partage de leur passion pour le désert, une passion qui n’a rien de touristique, façon circuit exotique, ni de circonstancielle puisqu’ils là vivent et la cultivent depuis longtemps, présente dans leurs œuvres comme un fil conducteur. D’abord, le désert est pour eux l’antithèse du vide et c’est au contraire en termes de plénitude qu’ils l’envisagent, comme un véritable univers riche de ses divers éléments au cœur desquels figure l’homme. Ensuite, ou plutôt simultanément, ils sont chacun allés dans leurs œuvres vers ce qu’on pourrait qualifier de quatrième dimension du désert, celle de la spiritualité, sa véritable étendue et vastitude ou comme dit Boudjedra « l’en-soi du vide ». Ce n’est donc pas les dunes, les palmiers, les regs ou tout ce qui fait la matérialité ou les décors du désert qui les intéressent, pas les « détails agglomérés au premier plan ». Le cinquième et ultime fragment commence d’ailleurs par cette phrase qui exprime bien la vigilance de regard qui nous est offert « Le désert est un leurre aussi ». Et de nous préciser : « Le Sahara est une absence millénaire. Il n’a de lieu qu’en lui-même parce qu’il est un désastre incompatible qui submerge les tables de la loi et de la gravité. » Le texte, assez court et dense, de Cinq fragments du désert avait déjà été publié par les Editions Barzakh sous forme de plaquette. Il a pris avec l’intervention de Rachid Koraïchi, toujours aussi maître de son qalam et de ses pinceaux, une prestance qui ne se limite pas à un surcroît d’esthétique mais participe activement au contenu de l’ouvrage. On saisit au fil des pages la complicité intellectuelle entre ces deux Rachid et leur grande connivence à propos du désert. Les expériences d’échanges ou les projets communs entre littérature et peinture sont toujours les bienvenus. Ils sont cependant rarement aussi accomplis. Le soin apporté à la conception et l’impression, coutumier à la maison d’édition, renforce cette sensation de qualité qui donne au final un livre d’art au format moyen, parfait à offrir ou mieux, à s’offrir soi-même.

 

« Cinq fragments du désert ». Rachid Boudjedra. Illustrations de Rachid Koraïchi. Ouvrage bilingue. Traduction en arabe : Hakim Miloud. Ed. Barzakh. 21 x 21 cm. 96 p. Coéd. avec Acte Sud (France). Prix : 1 100 DA. Rencontre. BNA, Salle Lakhdar Essaihi,Samedi 16 février à 15h..

 

 

Publié dans Algérie

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