Le traité damitié «cest aussi la question de la mémoire
Le traité d’amitié «c’est aussi la question de la mémoire
et de la repentance»
Mardi 7 Novembre 2006
Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, a affirmé, dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique paru hier que «la France doit être l’amie de l’Algérie, avec laquelle nos intérêts sont liés». «La France doit être l’amie de l’Algérie, avec laquelle nos intérêts sont à ce point liés que je ne comprends pas pourquoi nous devrions continuer à nous opposer», a-t-il déclaré. Interrogé sur le devenir du traité d’amitié franco-algérien, il a souligné qu’il a «toujours pensé que l’amitié n’avait pas besoin d’être gravée dans le marbre d’un traité». «L’amitié, cela se vit, cela se prouve chaque jour et cela ne se décrète pas», a-t-il ajouté. Il a relevé, à ce titre, que la question du traité «c’est aussi la question de la mémoire et de la repentance». «La mémoire de chaque peuple est inévitablement spécifique. Le rapprochement, la réconciliation que nous recherchons appellent un effort réciproque pour dépasser les souvenirs construits au fil des ans, pour prendre en compte ce que les historiens nous enseignent et aboutir peu à peu, dans le respect de l’Histoire telle qu’elle a été, à des mémoires moins contrastées», a-t-il dit. M. Sarkozy a estimé, par ailleurs, que l’autorisation préalable de visa à laquelle sont soumis les Algériens qui veulent se rendre en France est «vexatoire». Il a ajouté qu’il ne veut pas que les Algériens «soient les seuls au Maghreb à [la] supporter». Concernant la coopération entre la France et le Maghreb dans la lutte contre le terrorisme, il a indiqué que celle-ci «se passe, globalement, assez bien», en insistant sur la «concertation» qui existe dans ce domaine. Rappelons que Sarkozy est attendu à Alger les 13 et 14 novembre pour une visite de travail. Lors ce cette visite les questions de l’émigration, de la sécurité régionale et des relations bilatérales seront abordées avec les responsables algériens.
Cependant, il y a lieu de noter que cette visite intervient dans un contexte de pré-campagne électorale pour les présidentielles françaises de 2007. Manifestement, Sarkozy ne manquera pas d’aller à Tunis et à Rabat afin d’essayer d’avoir le soutien des autorités maghrébines et, par ricochet, les voix des électeurs d’origine maghrébine qui représentent un potentiel de nature à faire la différence.
Il faut dire que les présidentielles françaises s’annoncent très serrées tant les électeurs sont déçus aussi bien par la gauche que par la droite, tout en redoutant le scénario d’un duel où sera impliqué un candidat de l’extrême droite. Ainsi, Sarkozy sera à Alger plus dans le costume du candidat à l’Elysée que dans celui du ministre de l’Intérieur. C’est à ce titre d’ailleurs qu’il aborde les relations algéro-françaises même s’il élude la question de la repentance et l’inscrit dans la «spécificité» des mémoires, comme si les crimes coloniaux étaient spécifiques. Au-delà du passé et des mémoires, la problématique des visas est abordée sommairement, annonçant une évidence, sans annoncer des mesures immédiates de nature à mettre un terme au traitement «vexatoire» des Algériens demandeurs de visas. Pour l’Algérie, la question des visas s’inscrit dans les relations globales et doit être, à ce titre, régie par l’accord d’association qui, paradoxalement, sacralise la libre circulation des biens et limite celles qui produisent et consomment ces biens. Sur ce dossier, l’Algérie a d’ailleurs élargi ses discussions avec tous ses partenaires européens dans le but d’harmoniser ses relations avec l’Union européenne afin que les relations humaines soient au même niveau que les relations politiques et commerciales.
Dans cette perspective, l’exemplarité des relations qui lient l’Algérie à l’Espagne et à l’Italie est assez éloquente d’autant plus que la prochaine visite de Romano Prodi à Alger devra sceller l’amitié entre les deux pays.
A. G.
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